Groupe Trigano

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  • Entretien avec François Feuillet

Le marché du camping-car continue à progresser en Europe. Comment analysez-vous cette situation ?

François Feuillet : Les immatriculations de camping-cars neufs ont progressé dans tous les pays d’Europe durant notre exercice social 2017/2018, et les premiers mois de la nouvelle saison affichent la même dynamique. Tout cela est donc positif, néanmoins, cette croissance du marché risque d’être mise à mal par des phénomènes adverses dont la prise en compte s’impose. Le camping-car est en effet un bien de consommation discrétionnaire et la décision d’achat dépend fortement du degré de confiance que nos clients potentiels ont dans leur environnement social, politique et économique. Nos clients sont des séniors et, par exemple en France, une baisse des revenus des retraités pourrait avoir un effet négatif sur les ventes. Au Royaume-Uni, le Brexit a déjà impacté le marché de la caravane. En Italie, il est possible que l’incertitude politique qui plane sur le pays apporte de bonnes raisons pour ne pas prendre la décision d’acheter un camping-car. Par contre, en Allemagne, la confiance règne et devrait continuer à régner.
Aujourd’hui, nous pouvons donc nous montrer raisonnablement confiants sur l’évolution du marché européen du camping-car car l’Allemagne représente plus du tiers de ce marché et devrait continuer à connaître une croissance forte.

Comment se sont déroulés les premiers mois de l’intégration d’Adria ? Avez-vous pu réaliser toutes les synergies envisagées lors du rachat ?

François Feuillet : L’acquisition d’Adria a contribué de manière relutive aux résultats de Trigano dès la première année et nous sommes au-delà de nos attentes dans tous les domaines.
Sur le plan stratégique, il est clair que Trigano a changé de dimension et a entrepris un rééquilibrage de ses parts de marché en Europe. Aujourd’hui, Trigano a atteint une taille critique qui devrait engendrer de manière quasi automatique un développement naturel de son activité.
La confrontation des cultures des deux groupes, certes autrefois concurrents, mais qui aujourd’hui aspirent à n’en faire plus qu’un, n’a pas apporté d’antagonisme destructeur de valeur. Bien au contraire, on peut d’ores et déjà déceler une cross fertilisation qui n’a pas fini de porter ses fruits. La structure décentralisée de Trigano a bien sûr favorisé cette intégration, mais le professionnalisme et la forte personnalité de l’équipe de direction d’Adria ont été un facteur déterminant pour l’obtention de ce succès. Au fond, les deux groupes étaient simplement différents sans que l’on puisse hiérarchiser leurs approches des problématiques posées par une activité identique.
Au niveau des achats, les principales synergies ont été réalisées et portent sur les achats de matières que l’on peut qualifier de standard. Aujourd’hui, Adria bénéficie pleinement de l’avantage compétitif issu des volumes d’achats de Trigano. Pour les achats de composants par lesquels chacune des marques se différencie, ce sont les autres business units de Trigano qui vont bénéficier de cette opération de croissance, ce qui n’est pas surprenant dans la mesure où Adria est la plus grande marque européenne. Par ailleurs, la Slovénie recèle de nombreux fournisseurs de composants de Véhicules de loisirs dont la compétitivité est remarquable. L’accès à ce tissu ne pourra que bénéficier à l’ensemble des usines de Trigano au fur et à mesure de la montée en puissance des capacités de production de ces fournisseurs.
Des synergies industrielles seront réalisées suite à de nombreux benchmarks transversaux ; des réimplantations d’usines et des évolutions technologiques sont d’ores et déjà décidées et porteront leurs fruits dès l’exercice en cours.
Sur le plan commercial, le potentiel d’amélioration est considérable, notamment pour la caravane car Adria commercialise en Europe plus de véhicules que Trigano.
Durant les prochaines années, Trigano compte investir massivement en Slovénie, à la fois pour augmenter sensiblement la capacité de production d’Adria aujourd’hui insuffisante, améliorer la rentabilité des marques slovènes et faire bénéficier d’autres marques de la qualité et de la compétitivité de la main d’œuvre slovène.

Les vans séduisent de plus en plus la clientèle.Offrent-ils des perspectives favorables ?

François Feuillet : Le van permet de dégager des marges satisfaisantes car les usines qui produisent nos vans sont récentes, productives et compétitives ; cela est primordial car on assiste sur ce produit à une forte compétition qui exerce une pression importante sur les prix de vente. Trigano a commercialisé plus de 9 000 vans cette année et cela devrait progresser car pour le moment, Trigano n’est pas véritablement présent sur le marché du mini-van qui, de toute évidence, recèle des perspectives intéressantes.

Vous avez annoncé que les réseaux de distribution seraient plus prudents dans leurs engagements de commandes, pourquoi ?

François Feuillet : L’an dernier, les concessionnaires ont passé, en début de saison, des commandes de stock considérables et cela uniquement par précaution. Cette année, il n’y a plus de crainte de pénurie et les stocks du réseau ont retrouvé un niveau correct permettant une exposition satisfaisante de nos produits et des délais de livraison acceptables. En conséquence, cette année, nos ventes ne bénéficieront plus des commandes de réajustement de stock et les commandes de réassortiment seront plus nombreuses tout au long de l’année. Cela est parfaitement sain. Trigano a toujours suivi attentivement les niveaux des stocks de ses réseaux et s’est évertué à ne pas les sur-stocker. Il n’y a pas de raison que cela change.

Quel va être l’impact du Brexit sur Trigano ?

François Feuillet : Nous avons deux usines de camping-cars au Royaume-Uni qui commercialisent localement leurs produits. Pour ces usines, la mise en place de taxes à l’importation serait un événement positif en terme de compétitivité. Néanmoins, l’impact du Brexit pour Trigano risque de se trouver ailleurs. L’incertitude sur les contours du Brexit et sur ses conséquences risque d’affecter négativement le niveau de la consommation discrétionnaire au Royaume–Uni, donc nos ventes. En outre, une dépréciation sévère de la livre sterling vis-à-vis de l’euro risquerait de rendre pour les Anglais le tourisme en Europe continentale plus cher, donc les Véhicules de loisirs moins attractifs. Enfin, il serait difficile de répercuter dans nos tarifs les hausses de coûts consécutives à une dévaluation de la livre sterling.

L’entrée en vigueur de nouvelles normes diesel et l’arrivée des châssis Euro6D auront-elles des répercussions sur les prix ?

François Feuillet : La règlementation nous oblige à passer en Euro6D à partir du mois de septembre. Cela entrainera évidemment une augmentation du prix des châssis, mais celle-ci devrait être acceptable.

Avez-vous des pistes pour améliorer encore le résultat d’exploitation de Trigano ?

François Feuillet : Nous investissons pour améliorer notre productivité, comme par exemple dans notre usine de Tournon-sur-Rhône où un projet de réimplantation va être mené sur deux ou trois ans. Nous mettrons en place des améliorations notoires de nos systèmes de gestion industrielle et espérons tirer profit de l’action importante de coordination commerciale et du renforcement de la centralisation des achats entrepris sur l’exercice qui vient de se terminer. Enfin, un programme complet visant à améliorer les résultats de celles des business units qui sous-performent sera mis en œuvre.

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